• la mini jupe suite

    Jeunes filles déjeunant sur King's road

    La mini-jupe est lancée en 1962 par une jeune anglaise, Mary Quant. Cette jeune femme autodidacte naît le 11 février 1934 à Londres et devient l'une des plus grande créatrice de mode de sa période. C'est grâce à ses créations qu'une révolution s'est déclenchée dans la société nouvellement consommatrice de l'époque. En 1955, elle ouvre, en partenariat avec deux de ses amis, Alexandre Plunket Greene et le photographe Archie Mc Nair, une boutique appelée Bazaar sur King’s Road dans le quartier de Chelsea à Londres. Elle est à l’origine, vers la fin des années 1960 de la ligne "modern" appelée également "Chelsea  look". Son design est du style "pop", en parfait accord avec son époque.

     

    André Courrèges et  deux mannequins

    En France, elle influencera un grand couturier parisien nommé André Courrèges. Ce couturier, né à Pau en 1923, est tout d’abord ingénieur de formation, puis devient le disciple de Balenciaga qui est lui aussi un couturier et créateur de mode réputé. André Courrèges crée sa propre maison de couture en 1961, puis en 1965 sa nouvelle collection révolutionne la haute couture française avec l’apparition dans sa collection été de la mini jupe, qui donne une vision plus futuriste et plus moderne que celles réalisées par Mary Quant.

     

    Jeunes femmes en compagnie de Mary Quant.

    Après ces deux pionniers de la création, d'autres couturiers se sont intéressés à la mini jupe avec une plus grande ampleur. Cette dernière s'est de plus en plus développée au fil des années qui ont succédées à sa création et à son succès.

     


    La mode des années 60-70 connaît de grandes innovations. Courrèges cherche à toucher un plus large public au sein de l'élite contrairement à Mary Quant qui vise une population plus défavorisée qui n'a pas forcément les moyens de débourser beaucoup d'argent pour être à la mode. Malgré tout, elle habille aussi bien des mannequins comme le célèbre mannequin Twiggy que des adolescentes qui souhaitent uniquement être au goût du jour. Elle innove pour créer des vêtements avant-gardistes qui s'éloignent considérablement du "standard" et qui permettent aux jeunes filles de ne plus s'habiller comme leurs mères.

     

     

    Dans son livre "Quant par Quant", elle avoue que dès l'ouverture de sa boutique "Bazaar" à Londres, elle bricolait déjà des robes pour une jeunesse désargentée. La première mini-jupe qu'elle a faite était pour elle, puis elle a commencé à habiller des copines qui trouvaient amusant et provoquant de montrer leurs jambes aux autres.

    Création d'André Courrèges

    Courrèges a tenté plusieurs fois de créer la mini-jupe entre 1962 et 1964, mais sans succès évident. C'est dans sa collection été de 1965 qu'il expose essentiellement des mini-jupes et des pantalons devenus très courants à cette époque. Courrèges souhaitait que la mini-jupe fasse "jeune". Florence Muller, une historienne de la mode à Paris dit qu'à l'époque les créations de Courrèges rajeunissaient les femmes. Pour cela, il se serait inspiré de la mode vestimentaire des petites filles en réduisant la longueur des jupes et en redescendant la taille.

     

     

     

    Les couturiers classiques de l'époque grincent des dents face à l'image que donne Courrèges de la femme telle que Coco chanel. Malgré ses propos, Coco Chanel, André Courrèges et Mary Quant habillent les mêmes femmes tels que Twiggy, Françoise Hardy, Catherine Deneuve, Brigitte Bardot et d'autres.

     

    Depuis la fin de la seconde guerre mondiale, la société voit la mode en pleine période d’innovation avec l'apparition des magazines de mode et la création de la mini-jupe. Les femmes utilisent celle-ci afin de s’identifier auprès des autres. La mini-jupe leur permet de s’affirmer, et de montrer qu’elles ont une identité, ce qui a suscité d’énormes scandales, car à l’époque dévoiler ses jambes était impensable, même quand il s'agit d'une "révolution". La mini-jupe pourrait être un fort symbole de liberté et une évolution des moeurs pour les jeunes femmes qui cherchent à mieux s'intégrer dans la société.

     


    Pour les femmes, la mini-jupe leur permet de s’exprimer et de montrer à ceux qui les entourent qu’elles existent et qu’elles sont désormais indépendantes et libres, en particulier devant l'autorité paternelle pour qui elles devaient, en théorie, témoigner le plus grand respect. Les femmes veulent provoquer la gente masculine, et se mettre à leur niveau, car ainsi elles montrent qu’elles sont libres de leurs faits et gestes. Il lui est désormais possible de se différencier de sa mère et des autres femmes qui côtoient son environnement. Elle dévoile son corps en portant la mini-jupe et en montrant ses jambes qu'elles ne pouvaient montrer avant. Ce que disait Roland Barthes lors d'une interview, c'est que la longueur de la mini-jupe est alternée par des périodes de mode qui sont tantôt longue et tantôt courte. Il prévoyait ainsi que la période des jupes courtes verrait à sa suite une période de jupe longue et ainsi de suite. De plus, il a remarqué un changement entre la signification de la mode de la période précédente et celle dans laquelle se trouve la mini jupe. La mode, qui n'avait aucun rôle se voit attribuer celui de l'individualité, d'un symbole de liberté, etc. On remarque que la façon de penser des femmes et de la société, vis à vis de certaines choses de l'époque , comme les études, les valeurs et le droit, (auxquelles on ne prêtait pas attention), veulent être pensées différemment. La mode et la pudeur ont une tout autre signification et les femmes s'en servent pour provoquer et obtenir leur liberté et leurs droits. De nouvelles valeurs et de nouveaux désirs interviennent dans la société, (on le voit en mai 1968), les mœurs se libèrent pour les jeunes de l'époque et tout ceci englobe une importante symbolique pour ceux qui se battent envers cela.

     

    Dans le domaine de la mode, les années soixante marquent un tournant : le boom économique et l'expansion de la culture américaine, la libération des moeurs, la contestation, bouleversent les normes en cours. S'ajoutent à cela l'avènement des techniques modernes et le rétrécissement de l'espace qui réduisent les frontières et mettent le monde entier à portée de main. Après la décennie de pénurie qui marque l'après guerre, la France est entrée dans la période des « trente glorieuses », le pouvoir d'achat s'est accru. La mode n'est plus réservée à une élite sociale mais imposée à une nouvelle génération, qui n'a pas connu les privations de la guerre. Une société de consommation s'est mise en place. Le monde rural recule au bénéfice de l'urbanisation, le paysage immobilier se transforme avec l'apparition de cubes de béton et de grands ensembles. Les appartements modernes entraînent l'arrivée de plus de bien-être auxquels la population s'habitue vite.

    Dessin de femme avec une mini-jupe retouchée par ordinateur.

    Le temps est venu où une multiplicité d'acteurs nouveaux entrent : les « jeunes », dont le poids au sein de la société ne cesse de grandir jusqu'à devenir une réalité sociale et culturelle. Ceux que l'on dénomment les « teenagers » achètent les derniers produits de consommation en vogue : le transistor et l'électrophone sur lesquels ils écoutent les chansons de leurs idoles. Pour la première fois, en raison du phénomène du baby boom, la jeunesse forme une classe d'âge déterminée, avec ses codes et sa culture propres. Donnant le ton, les 16-25 ans composent un univers qui accède simultanément à l'enseignement et à la consommation. La scolarité prolongée offre la possibilité de se retrouver entre soi et donne accès à un certain savoir qui n'est plus seulement à la portée des familles aisées. Cette jeunesse récolte les fruits de la croissance et dispose d'un budget à elle (argent de poche ou salaire) qu'elle souhaite dépenser à sa guise. Compte tenu de sa semi-indépendance financière, elle n'hésite plus à réserver une partie de cette somme à ses vêtements et le rôle de la mère, responsable traditionnelle de la garde-robe familiale, tend à s'estomper. Par ailleurs, les jeunes sont nombreux à réclamer une tenue mieux adaptée à leur genre de vie. Sans en avoir conscience, au moins au début, ils pèsent dans le domaine de l'apparence et imposent leurs idées. Ceux qui partagent une même façon de vivre veulent pouvoir se reconnaître, et s'identifier grâce à des symboles communs. Ils vont se mettre à « consommer de la mode », tout en la produisant. Cette génération a une exigence primordiale : ne plus faire partie du monde codifié et strict régi par les adultes. Les médias et la publicité font désormais partie intégrante de leur décor quotidien. Des lieux spécifiques occupent le devant de la scène : l'Angleterre, référence culturelle majeure ; la rue, avec son public caractéristique et ses boutiques. Des mots nouveaux, « prêt-à-porter », « stylistes », « fibres textiles » (polyamide, polyester), rejoignent le vocabulaire de l'apparence et s'y amalgament. La presse, les magazines féminins, la radio, les disques, la télévision dont la démocratisation s'accélère, veulent imposer une mode devenue l'expression d'un choix de vie et dont le mot d'ordre est : « soyons résolument jeunes et libres ! »

     

    De nos jours, la mini-jupe est toujours portée, mais elle n'a plus le même rôle qu'il y a 40 ans. En portant la mini-jupe, les femmes ont cherché à s'imposer dans la société et dans la vie active et ont défendu des valeurs qui leurs tenaient à coeur. De sa création à sa diffusion, elle n'a fait que créer le scandale et la désapprobation dans la société "traditionnelle" de l'époque. La mini-jupe était alors devenue un symbole à la fois "d'indépendance et de porte parole" pour celles qui l'a portaient. Aujourd'hui, elle fait son apparition dans la mode d'autre pays comme le Japon, mais aura-t-elle le même impact et servira-t-elle à la même cause que ce qu'elle a été pour nous dans les années 60 ?

  • Commentaires

    1
    Lucien David LANGMAN
    Samedi 3 Mars 2018 à 23:20